Steve Tiambo reçoit un appel de sa tante au Cameroun : elle a besoin d'argent pour payer la scolarité de son cousin. Il envoie la somme. Quelques semaines plus tard, sa tante rappelle pour la même demande. La première somme a été utilisée pour autre chose. La scolarité n'a pas été payée.
Ce n'est pas une histoire de mauvaise foi. C'est l'histoire d'un système où l'argent envoyé entre deux continents perd toute traçabilité dès qu'il arrive dans un compte familial. La diaspora finance l'éducation de ses proches, mais sans aucun moyen de vérifier que l'argent va bien là où il était destiné.
Le constat n'est pas isolé. Presque toutes les personnes à qui Steve raconte cette histoire vivent la même chose, ou en connaissent une version. Le besoin de confiance et de traçabilité dans la dépense éducative n'est pas un confort, c'est une nécessité partagée par des millions de familles.
Léonie Paris, cofondatrice d'EDUFREM, complète le récit en miroir : du côté français, les écoles d'ingénieurs et les universités qui accueillent des étudiants internationaux vivent les mêmes difficultés, à l'envers. Paiements internationaux qui n'arrivent pas, dossiers difficiles à vérifier, parcours d'arrivée chaotiques. Le crédit éducatif a du sens dans les deux sens.