Pour les ministères et les institutions
Mesurer l’usage de l’IA par les enseignants : guide pour les ministères et les institutions
Rédigé par EDUFREM, le 7 novembre 2026
L’essentiel
Les ministères de l’espace francophone encouragent désormais l’intelligence artificielle en classe, mais aucun ne sait vraiment quels enseignants l’utilisent, pour quoi faire, ni avec quel effet. Un questionnaire ne suffit pas : l’usage réel passe par des téléphones personnels et des outils généralistes qui ne laissent aucune trace exploitable. Pour mesurer, il faut un outil encadré sur le programme officiel, des indicateurs agrégés par établissement et par discipline, et des garde-fous clairs sur les données des enseignants.
En 2026, l’intelligence artificielle est entrée dans les textes officiels de l’école francophone. Au Cameroun, au Sénégal comme en France, les ministères ne se demandent plus s’il faut l’admettre en classe, mais comment l’encadrer. Une question reste pourtant sans réponse dans la plupart des administrations : qui, parmi nos enseignants, l’utilise vraiment, et à quoi ? Ce guide propose une manière de le savoir, sans transformer la mesure en surveillance.
Pourquoi la question se pose maintenant
Au Cameroun, l’arrêté conjoint MINEDUB/MINESEC du 14 août 2026, qui fixe l’année scolaire 2026-2027, encourage les établissements à intégrer les ressources numériques et les outils d’intelligence artificielle dans l’enseignement, l’apprentissage, l’évaluation et la remédiation (articles 12 et 13). Les établissements qui disposent d’une connexion stable doivent intégrer au moins un outil numérique par discipline fondamentale. La circulaire de rentrée du MINESEC demande d’intensifier l’usage de l’IA pour organiser, suivre et documenter l’année. Le MINEDUB, de son côté, l’a interdite en octobre aux écoliers pour leurs devoirs, tout en laissant les enseignants s’en servir pour préparer leurs leçons.
Au Sénégal, le ministère de l’Éducation nationale certifie ses personnels : 1 944 agents ont validé une certification en intelligence artificielle pour l’éducation dès la phase pilote, et la formation doit s’étendre progressivement aux 111 000 enseignants du pays. En France, un parcours de formation à l’IA est obligatoire depuis la rentrée 2026 pour les élèves de 4e, de seconde et de première année de CAP.
Le cadre international existe aussi : l’UNESCO a publié un référentiel de compétences en IA pour les enseignants, en quinze compétences réparties en cinq dimensions, chacune sur trois niveaux (acquérir, approfondir, créer). Il sert de base aux référentiels nationaux. Encore faut-il savoir où en sont les enseignants.
Ce qu’une enquête ne dit pas
Le premier réflexe est le questionnaire. Il est utile, mais il mesure ce que les enseignants disent faire. Or l’usage réel de l’IA est largement invisible : il passe par le téléphone personnel, par des assistants généralistes en libre accès, souvent le soir, rarement de façon déclarée. En France, un rapport sénatorial cité par Pix relève que 90 % des élèves de seconde disent avoir déjà utilisé l’IA pour leurs devoirs : si les élèves s’en servent à ce point sans cadre, on peut raisonnablement penser que l’usage des enseignants échappe tout autant aux statistiques.
Un outil généraliste ne laisse à l’institution aucune trace exploitable : ni la discipline, ni le niveau, ni le rapport au programme. Il ne dit pas non plus si le contenu produit a été relu avant d’arriver devant les élèves.
Les indicateurs qui servent vraiment
Pour piloter, une direction de l’enseignement a besoin de chiffres agrégés, comparables d’un territoire à l’autre :
- Adoption : la part d’enseignants actifs, par établissement, par discipline et par niveau, et son évolution sur le trimestre.
- Nature des usages : préparation de leçons, évaluations, correction, remédiation. Ce ne sont pas les mêmes enjeux pédagogiques.
- Conformité au programme : la part des contenus rattachés au programme officiel du niveau, plutôt que produits hors cadre.
- Validation humaine : la part des contenus relus et validés par l’enseignant avant usage en classe.
- Compétences : la progression des enseignants sur les niveaux du référentiel UNESCO, mesurée et non déclarée.
- Effets : le temps gagné sur la préparation et la correction, et le lien avec les indicateurs que l’administration suit déjà.
- Équité : l’écart entre établissements connectés et zones défavorisées, que l’arrêté camerounais vise explicitement.
Le dernier point mérite d’être relié à l’existant. L’arrêté camerounais fixe déjà des seuils d’alerte : une couverture horaire inférieure à 80 % sur dix semaines, un taux de réussite inférieur à 40 % après l’examen trimestriel, une assiduité inférieure à 75 %. Il prévoit aussi la transmission numérique des synthèses statistiques. Un suivi de l’IA utile s’adosse à ces indicateurs-là, au lieu d’en inventer d’autres.
Les garde-fous à poser avant de mesurer
- Agréger, ne pas surveiller. L’institution voit des tendances par établissement et par discipline, jamais l’activité nominative d’un enseignant à des fins de sanction. Sans cette règle, personne n’utilisera l’outil.
- Protéger les données. Au Cameroun, la loi n° 2024/017 sur la protection des données à caractère personnel s’applique depuis le 23 juin 2026. Le périmètre des données, leur hébergement et leur durée de conservation s’écrivent avant le pilote, pas après.
- Laisser la décision à l’enseignant. L’IA propose, l’enseignant valide. C’est ce qui rend l’usage défendable devant un inspecteur et devant les familles.
- Respecter les règles par âge. Là où l’IA est interdite aux écoliers, l’outil des enseignants ne doit pas devenir une porte d’entrée pour les élèves.
Une démarche en quatre temps
- Cadrer : choisir un territoire, quelques établissements, les disciplines et les indicateurs, avec la délégation concernée.
- Équiper : ouvrir un accès aux enseignants volontaires et les former en une séance courte, sur leur propre programme.
- Mesurer : un trimestre complet, pour couvrir une séquence d’évaluations et un conseil de classe.
- Restituer : un rapport agrégé, établissement par établissement, et les recommandations pour généraliser ou non.
Ce que MAPO+ apporte à cette démarche
MAPO+ Enseignants est l’espace des enseignants de MAPO+, l’application d’EDUFREM propulsée par l’IA MIAPO. Il prépare des cours, des devoirs et des sujets d’examen à partir du programme officiel du pays et du niveau que l’enseignant déclare, il aide à corriger les copies, et chaque contenu passe par la validation de l’enseignant. Les usages y sont donc rattachés, par construction, à une discipline, à un niveau et à un programme.
Le tableau de bord destiné aux institutions n’est pas encore un produit sur étagère : nous le construisons avec le premier territoire pilote, sur les indicateurs choisis ensemble. C’est un engagement de méthode plutôt qu’une promesse de catalogue, et c’est ce qui permet de l’adosser à vos propres seuils.
Pour l’évaluation de la qualité des établissements eux-mêmes, voyez aussi NOVA pour les autorités éducatives. Pour les enseignants, la page MAPO+ Enseignants présente l’outil tel qu’ils l’utilisent.
Sources
- Arrêté conjoint n° 002/26/JO/MINEDUB/MINESEC du 14 août 2026 fixant le calendrier scolaire 2026-2027, présentation et PDF , publié le 15 août 2026
- Circulaire de rentrée n° 005/26/C/MINESEC/SG/CELSUI, présentée par 237online , 4 septembre 2026
- Le Cameroun interdit l’IA aux écoliers pour leurs devoirs, 237online , 20 octobre 2026
- Sénégal : plus de 3 000 enseignants certifiés en numérique et en IA, Le Soleil via AllAfrica , 20 février 2026
- Note de service sur les parcours Pix consacrés à l’IA, Bulletin officiel de l’Éducation nationale , 5 février 2026
- Pix lance des parcours obligatoires sur l’IA pour 1,5 million d’élèves, Banque des Territoires , 16 mars 2026
- UNESCO, Référentiel de compétences en IA pour les enseignants (UNESDOC)
- L’Unesco publie deux référentiels de compétences pour l’intégration de l’IA, Centre Inffo
- Cameroun : entrée en vigueur de la loi sur la protection des données à caractère personnel le 23 juin 2026, Droit Médias Finance